Chaînes d’approvisionnement triangulaires

Depuis la création du marché unique de l’UE en 1993 et la transition vers des chaînes d’approvisionnement « juste-à-temps » rendues possibles grâce à l’élimination des obstacles au commerce intérieur de l’UE, les échanges entre les pays ACP et le Royaume-Uni se sont multipliés sur le modèle de chaînes d’approvisionnement triangulaires.

Les biens arrivent dans un premier temps soit dans un État membre de l’UE27 avant d’être acheminés vers le Royaume-Uni ou un pays voisin de l’UE27, soit au Royaume-Uni avant d’être acheminés vers un État membre de l’UE27, et le plus souvent la République d’Irlande. Le développement de ces chaînes d’approvisionnement triangulaires dans le secteur horticole résulte d’une multitude de facteurs comme, notamment :

  • un savoir-faire particulier d’un État membre de l’UE (par exemple, les réseaux néerlandais de commercialisation de produits horticoles) ;
  • une infrastructure commerciale spécifique construite dans un État membre donné de l’UE (par exemple, les marchés aux fleurs néerlandais) ;
  • des considérations d’économies d’échelle qui nécessitent des regroupements de cargaisons pour rendre le transport maritime intercontinental commercialement viable ;
  • des facteurs économiques purement commerciaux associés aux conditions d’expédition (par exemple, la possibilité d’obtenir des taux de fret peu onéreux grâce au développement du tourisme) ;
  • des considérations commerciales d’ordre politique (par exemple, frais d’inspection phytosanitaire et frais de traitement moins élevés dans certains États membres) ;
  • la faible quantité de routes maritimes disponibles vers les marchés de l’UE.

La capacité des exportateurs horticoles des pays ACP à adapter leurs itinéraires vers le marché final variera en fonction de la motivation qui sous-tend leur utilisation des chaînes d’approvisionnement triangulaires pour desservir le marché britannique. Le risque de perturbations des échanges commerciaux varie selon la nature du fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement triangulaire, tandis que la gravité des perturbations dépendra elle plutôt de la nature du produit, de sa durée de conservation et de la nature de la chaîne d’approvisionnement (par exemple, relève-t-elle d’accords « juste-à-temps » ?). Les chaînes d’approvisionnement triangulaires de produits horticoles des pays ACP sont particulièrement vulnérables aux perturbations qui pourraient résulter du Brexit, et ce pour les raisons suivantes :

  • le départ du Royaume-Uni de l’Union douanière et du marché unique de l’UE engendrerait de nouveaux obstacles administratifs à la circulation des marchandises entre le Royaume-Uni et l’UE27. A minima, celui-ci augmenterait les coûts et, s’il n’est pas correctement préparé, pourrait entraîner un refus d’accès au marché britannique et la perte totale du volume de produits livrés ;
  • l’augmentation conséquente des flux au niveau de la douane britannique qui affecterait les itinéraires « roll-on/roll-off » (Ro-Ro) utilisés par les exportateurs horticoles des pays ACP impliqués dans des chaînes d’approvisionnement triangulaires. Cette augmentation pourrait peser sur les opérations de contrôles aux frontières et engendrer des retards et perturbations au niveau des transports qui impacteraient négativement la valeur des produits livrés ;
  • les contraintes liées aux inspections phytosanitaires plus nombreuses et plus chronophages, notamment pour les produits horticoles empruntant les itinéraires Ro-Ro n’ayant pas encore été autorisés par les autorités phytosanitaires européennes et impliquant un acheminement vers des points de contrôles phytosanitaires spécifiques situés à une distance non négligeable du point de débarquement. Ces perturbations rallongeraient les durées de transport (augmentant ainsi les coûts) et impacteraient négativement la valeur des produits livrés.

Ceci oblige les producteurs horticoles des pays ACP exportant leurs produits vers le Royaume-Uni via un premier point d’entrée situé dans un État membre de l’UE27 (principalement les Pays-Bas, la Belgique et la France) à revoir le mode de fonctionnement de leurs itinéraires actuels vers les marchés britanniques afin d’évaluer leur vulnérabilité à toutes les perturbations commerciales probables liées au Brexit.

 
l’exemple des fleurs coupées

Il est difficile de mesurer précisément l’importance des flux commerciaux triangulaires, en raison de l’absence de données spécifiques par pays sur les flux commerciaux à travers l’UE postérieurement à l’entrée des marchandises en provenance d’un pays ACP dans le marché unique européen. 

L’exemple ci-dessous – pour le secteur des fleurs coupées – illustre les enjeux auxquels sont confrontés les exportateurs d’Afrique orientale et australe.

Les Pays-Bas ont une position dominante sur les marchés de l’UE28 en tant que plaque tournante du commerce de fleurs coupées. Ils accueillent à eux seuls 90 % du volume des exportations de fleurs coupées en provenance des 6 plus gros exportateurs de fleurs coupées des pays ACP.

Si les exportations de fleurs coupées des pays ACP arrivant au Royaume-Uni via les Pays-Bas venaient à être perturbées, les pays ACP impactés subiraient d’importantes conséquences, créant ainsi une situation de moins-value pour ces chaînes d’approvisionnement triangulaires – un jour de retard équivalant, selon les estimations, à une perte de revenu de l’ordre de 30 %.

Principaux exportateurs de fleurs coupées des pays ACP vers l’UE et les Pays-Bas (en tonnes) 2017

Une analyse récente montre « qu’environ 80 % des fleurs vendues au Royaume-Uni sont importées des Pays-Bas qui, eux, importent et vendent aux enchères des fleurs du monde entier ».

Les chaînes d’approvisionnement triangulaires des pays ACP desservant le marché britannique via un État membre de l’UE27 et ayant recours aux itinéraires « roll-on/roll-off » (Ro-Ro) du couloir Calais-Douvres seront particulièrement vulnérables aux perturbations qui affecteraient les transports à la suite d’une sortie sans accord (No-Deal Brexit).

Jusqu’à présent, si les préparatifs des autorités portuaires, des négociants et des compagnies de ferries de l’UE27 en vue du Brexit sont en cours, peu d’attention politique a été accordée à la manière de faciliter le flux continu et régulier des chaînes d’approvisionnement triangulaires qui se révèlent très fragiles (comme dans le cas des fleurs coupées). En l’absence de lignes directrices claires sur la manière dont les flux commerciaux triangulaires devront être traités en termes de dédouanement aux frontières et de procédures de chargement et de déchargement des bateaux, il est difficile pour les autorités portuaires, les négociants et les compagnies de ferries de prendre les mesures pratiques appropriées pour limiter les perturbations des chaînes d’approvisionnement triangulaires.

Cette question doit être replacée dans un contexte où les exportations de fleurs coupées des pays ACP vers les Pays-Bas provenant des six principaux exportateurs ACP représentaient à elles seules, en 2017, plus de 500 millions d’euros. Il est donc particulièrement important de veiller à ce que les exportations vers le Royaume-Uni via des chaînes d’approvisionnement triangulaires ne soient pas perturbées, notamment dans le cas des pays les moins avancés d’Afrique orientale et australe.

 

Les exportateurs de fleurs coupées des pays ACP doivent se rapprocher de leurs gouvernements afin que ceux-ci abordent avec les autorités compétentes des États membres de l’UE les questions politiques à traiter. Ceci, afin de permettre aux autorités portuaires, négociants et compagnies de ferries de prendre les mesures pratiques appropriées pour réduire au minimum les perturbations pouvant affecter les chaînes d’approvisionnement triangulaires. Si ces questions politiques ne sont pas abordées et traitées avec les autorités compétentes des deux côtés de la Manche, il sera très difficile pour les autorités portuaires, les négociants et les compagnies de ferries de prendre les mesures pratiques appropriées pour limiter les perturbations qui pourraient affecter les échanges triangulaires de fleurs coupées.

Les exportateurs de fleurs coupées des pays ACP devront également revoir leurs itinéraires vers les marchés britanniques afin de déterminer s’il est possible de développer ou augmenter les exportations directes de leurs produits vers le Royaume-Uni.

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